samedi 12 novembre 2016

Toxoplasmose et psychiatrie

Ce qu'on appelle "maladies psychiatriques" pourraient bien n'être que des symptômes de pathologies infectieuses et inflammatoires, un peu comme les parties immergées, "comportementales", d'infections et de neuroinflammation.
Les psychiatres n'auraient pas seulement à revoir leur manuel de neurologie, mais aussi celui d'immunologie et d'infectiologie.

La "piste infectieuse" est la piste privilégiée, dans le traitement des troubles autistiques, par le réseau "Chronimed", depuis un certain nombre d'années (voir ce blog).
J'avoue que la première fois que j'ai entendu parler des "infections froides, "il y a environ 4 ans, j'étais un peu sur mes gardes.
Force est de constater que les chercheurs trouvent de plus en plus de données qui vont dans le sens de cette piste.
Exemple ici avec le lien entre toxoplasmose et deux maladies "psy".

Nora Hamdani est psychiatre dans le service du Pr Leboyer (Hôpitaux Universitaires Henri Mondor, AP-HP, UPEC, Inserm, Créteil, France), elle présente: "La toxoplasmose dans le trouble bipolaire et la schizophrénie" (vidéo ci-dessous).

On notera que le Dr Hamdani mentionne des liens entre ces maladies psychiatriques, des infections, une inflammation intestinale "de bas grade", une "sensibilité" au gluten et à la caséine.... Je cite: "Dans la schizophrénie, on pense qu'il y a une sensibilité au gluten via une inflammation gastro-intestinale locale et une augmentation de la perméabilité intestinale.". Elle mentionne le lien, mais pas les potentielles implications thérapeutiques de ces liens, c'est à dire en clair qu'un régime sans gluten, sans caséine, "pourrait" réduire cette inflammation intestinale problématique.

Pour ceux qui auraient la flemme d'écouter toute la vidéo, ils peuvent au minimum survoler les quelques notes que j'ai mis par écrit ci-dessous.

En toute fin d'article, je mentionne deux pistes thérapeutiques "naturelles" pour le traitement de la toxoplasmose.


 Vidéo mise en ligne le 15 septembre 2016

Prise de notes:

Les troubles psychiatriques, dont le trouble bipolaire et la schizophrénie, résultent d'une interaction entre les gènes et l'environnement: stress, facteurs climatiques, hygiène..., et les infections.
Les infections ont une part majeure dans le risque de développer des troubles psychiatriques, notamment les pandémies de grippe se sont accompagnées d'une incidence accrue de schizophrénie dans les années 50.
Le parasite (toxoplasma gondii) lorsqu'il est contracté en période prénatale majore le risque environ par 3, que l'enfant développe une schizophrénie.
Ces facteurs environnementaux n'agissent pas tout seuls, mais sous l'effet d'une réponse immunitaire un peu défavorable et déséquilibrée, elle-même liée à des gènes déficients, cela va entraîner une réponse un peu accrue, réponse accrue qui va entraîner des modifications au niveau cérébral, qui va être à l'origine d'une inflammation persistante de bas grade [sans symptômes inflammatoires classiques], inflammation qui va être liée à beaucoup de comorbidités, auto-immunes notamment.



Le plan de la présentation:



Le parasite se développe sous forme de kystes, l'hôte principal (le chat) infecte des hôtes intermédiaires.
Les kystes ne sont pas éliminés [après une infection traitées?], ils persistent à l'état quiescent, notamment dans certaines zones du cerveau, avec des conséquences au niveau psycho-comportemental.
Sur le plan épidémiologique, la France fait partie des pays très exposés, ainsi que l'Amérique latine et l'Afrique tropicale. Les facteurs climatiques et hygiéniques (qualité de l'eau, alimentation...) interviennent dans la répartition du parasite.
La consommation de viande crue ou insuffisamment cuite et de fromage de chèvre au lait cru intervient aussi.
On estime que 37% des français auraient contractés le parasite durant leur vie.
La consommation de viande ayant été congelée a un effet protecteur, puisque la congélation tue le parasite.
77% des bipolaires français sont atteints par la toxoplasmose (plus de 40% seulement des non-bipolaires) [Source: Relationship between Toxoplasma gondii infection and bipolar disorder in a French sample: ce sont les IgG et les IgM anti Toxoplasma gondii qui ont été analysés]

La dopamine est très élevée chez les gens qui ont contracté le parasite, probablement par le biais de paramètres immuno-inflammatoires. Dans le génome du parasite il y a deux enzymes qui participent à la dégradation de la dopamine. Il y a aussi une action sur le tryptophane, avec déplétion du tryptophane, avec risque suicidaire chez les patients atteints de toxoplasmose, action aussi sur la testostérone avec modifications possibles de la personnalité.


Chez les animaux: les rongeurs infectés se retrouvent attirés par leurs prédateurs naturels.
Les humains infectés par le parasite ne trouvent pas aversives les urines de chat.
Chez l'être humain, les traits de personnalité associés à la toxoplasmose:
Ego surdimensionné, jalousie, personnes moralisatrices, introversion, méfiance, hyper vigilance, trouble de l'attention et de la réaction, et taille un peu plus grande que la moyenne!
Dans la mesure où le parasite entraîne une diminution de la peur, un temps de réaction plus important, des troubles attentionnels marqués ---> une étude montre que les personnes accidentées (piétons ou conducteurs) sont plus souvent séropositifs à la toxoplasmose que la population générale.
Effet du parasite sur la mémoire de travail: plus on accumule de parasites et de virus à tropisme cérébral, plus la mémoire de travail est altéré (+ QI?).
Le parasite n'a pas qu'une action directe sur le cerveau, il agit aussi via des modifications immuno-inflamatoires qui peuvent persister sur le long terme (élévations des cytokines, élévation du stress oxydatif, modifications des astrocytes qui peuvent eux-même entraîner une neuroinflammation et un déclin neurologique).
Les patients bipolaires sont plus infectés par le parasite que la population générale, l'Il-6 (interleukine 6) est plus élevée chez les bipolaires; plus les taux d'IL-6 sont élevés, plus la détérioration cognitive est marquée. Les patients les plus détériorés ont des taux deux fois plus important d'IL-6 que les patients non-détériorés.
L'IL-6 diminue la neurogénèse, notamment au niveau de l’hippocampe et elle a été associée à des maladies soit cognitives, soit auto-immune avec comorbidités cognitives.
Auto-immunité:
En phase aigüe chez les bipolaires, on a une augmentation de nombreux anticorps, dont anticorps anti-NMDA, anti-gliadine, anti-toxo (infection récente ou réactivation d'une infection latente), anti-rétrovirus.
Les anticorps anti-NMDA sont impliqués dans l'encéphalite lymbique, avec manifestations "psychotiques maniaques".

Tractus gastro-intestinal: il y a plusieurs études, certaines très anciennes, qui ont montré qu'il y a un lien entre la maladie coeliaque, la schizophrénie, le trouble bipolaire. Notamment, il a été montré dans la période d'après-guerre, que l'incidence de la schizophrénie semblait diminuer parce que les gens ne pouvaient pas consommer de farine de blé. Et par ailleurs, dans certaines îles du Pacifique, où l'on ne consomme pas de blé, il semblerait que les incidences de schizophrénie soient rares.
"Je pense qu'il y a plus une sensibilité à certains antigènes alimentaires, plutôt qu'une maladie coeliaque avérée."
Les marqueurs cœliaques sont retrouvés dans la schizophrénie, mais ce sont surtout les anticorps antigliadine [la gliadine, protéine qu'on retrouve dans le gluten] qui sont non spécifiques de la maladie coeliaque, qui montrent qu'il y a probablement une perméabilité intestinale accrue chez ces patients. On retrouve la même chose chez les patients bipolaires: certains marqueurs cœliaques non-spécifiques à la maladie coeliaque sont retrouvés.

Les liens entre inflammation gastro-intestinale, schizophrénie et trouble bipolaire:
Dans la schizophrénie, on pense qu'il y a une sensibilité au gluten via une inflammation gastro-intestinale locale et une augmentation de la perméabilité intestinale.
Cette étude: "Gastrointestinal inflammation and associated immune activation in schizophrenia" a regardé si les antigènes alimentaires à l'origine d'une réaction autoimmune et notamment le gluten et la caséine (qui constituent les protéines du lait) étaient associés à des marqueurs de l'inflammation intestinale et en particulier les ASCA (IgG Anti Saccaromyces Cervisiae, marqueur de l'inflammation intestinale) qu'on retrouve dans la maladie de Crohn. Ce que cette étude montre, c'est que chez les patients schizophrène, qu'ils soient en épisode récent ou pas, on a des marqueurs de l'inflammation intestinale qui sont augmentés, une augmentation des anticorps anti-antigène alimentaire et chez les patients qui présentent un épisode récent, c'est là où tout se joue puisqu'on a une augmentation des anticorps anti-toxo, en lien avec les marqueurs de l'inflammation intestinale, ce qui confirme bien qu'en épisode aiguë, il y a des manifestations inflammatoires au niveau intestinal, ce qui confirme les travaux post-mortem qui montrent qu'il y a une grosse inflammation au niveau intestinale et gastrique chez les patients schizophrènes.
Cette inflammation gastro-intestinale va entraîner le passage d'antigènes alimentaires dans la circulation générale, et notamment provoquer la production d'anticorps.

Dans la schizophrénie et le trouble bipolaire, il y a peu d'études sur l'immunité humorale et sur les déficits en immunoglobulines (les déficits en sous-classe d'immunoglobulines sont associés à des infections intercurentes et répétées chez les enfants essentiellement).
Mais on a montré que chez les patients schizophrènes et bipolaires, il y a déficit en immunoglobuline de type G (IgG et IgG1).
Les patients infectés par le parasite sont ceux qui ont les défenses immunitaires les plus faibles, ce qui montre bien que chez ces patients il y a des modifications de l'immunité, associées à un risque majeur de réactivation du parasite, qui entraînent des modifications inflammatoires et cérébrales.

5° Implications thérapeutiques
(chez la souris) l'aldol et le valproate ont une activité anti-parasitaire.
L'acide valproique et la trimetropine, quand ils sont associés - ou pas, ont une activité anti-parasitaire marquée.
En exemple de médecine personnalisée: mention de l'étude sur l'efficacité du charbon activé pour le traitement d'un accès maniaque post-gastrectomie. 

Fin de la prise de note.

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Pistes de traitements "naturels" de la toxoplasmose:

Exemple de l'efficacité de deux plantes dans le traitement de la toxoplasmose (d'autres ont aussi été étudiées, comme l'echinacée ou l'astragale):
- Thym (Thymus vulgaris), étude portant sur l'efficacité d'un extrait ethanolique de Thymus vulgaris (TVE), traitement préventif pré-infection et curatif:
 "The effect of TVE was comparable to that of treatment with a mixture of sulfadiazine and pyrimethamine (46 and 51 % reduction, respectively). Moreover, considerable amelioration of the pathological lesions in the brain and retina was observed. The results demonstrate the potential efficacy of T. vulgaris as a new natural therapeutic and prophylactic agent for use in the treatment of chronic toxoplasmosis."
 Effects of Thymus vulgaris ethanolic extract on chronic toxoplasmosis in a mouse model.

- La Dichroa febrifuga: "The Chinese herb Dichroa febrifuga has traditionally treated malaria-associated fever. Its active component febrifugine (FF) and derivatives such as halofuginone (HF) are potent anti-malarials. (...) We also show a remarkable ability of HF to kill the related human parasite Toxoplasma gondii
(...) It is noteworthy that halofuginone was more effective in inhibiting T. gondii growth in a 24 hr assay than the known potent drug pyrimethamine (...), a compound currently used clinically. Using high-content imaging (HCI) assays, we monitored T. gondii invasion and growth over a 24 hr period during which it was evident that HF killed Toxoplasma faster than the clinical drug pyrimethamine, displaying its higher potency."



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