mardi 25 mars 2014

Le rire post-gluten

Je discutais avec mon compagnon la nuit dernière (il rentre souvent du travail à des heures tardives) et en entendant mon propre rire (mon compagnon a beaucoup d'humour), je réalisai soudain une chose: voilà 9 mois que j'ai rencontré cet homme et je ne l'ai encore jamais entendu rire. Je l'ai vu sourire, je l'ai vu plus ou moins pouffer, et à certains petits bruits que peuvent provoquer ces sourires ou ces "pouffements", je suis parfois à même de deviner qu'il sourit même dans le noir mais je ne l'ai encore jamais entendu éclater de rire, je n'ai jamais entendu le tintement de son rire. D'abord, j'ai pensé que ma mémoire pouvait me faire défaut mais il m'a confirmé qu'en effet, pour certaines raisons, il s'efforce toujours de réprimer son rire.
Je me souviens qu'à une époque je faisais de même car j'étais très complexée par mon sourire que je trouvais affreux et comme le rire implique une certaine ouverture de la bouche, je réprimais le phénomène. Il devait tout de même m'arriver d'avoir des fous rires nerveux, ou que sais-je mais l'esthétique de la chose me posait problème en public et je me bridais beaucoup.

Il y a 3 ans, j'ai eu l'idée saugrenue d'arrêter de consommer du blé. J'avais fini par réaliser que les proportions disgracieuses que prenait systématiquement mon ventre en fin de journée (comme un ventre de femme enceinte de 4 mois environ) n'avaient rien de normal, j'avais fini par comprendre qu'il s'agissait de ballonnements et j'avais dû lire quelque part que le blé peut provoquer ce genre de problème, alors je m'étais dit "qu'à cela ne tienne, je vais essayer de supprimer le blé et on verra bien". Au bout de 48h maximum, je constatais en effet la disparition des ballonnements, j'étais très satisfaite, donc je continuai à éviter le blé, tout simplement. C'était en février 2011.
Quelques mois plus tard, il me semble que c'était en mai, j'étais chez ma mère, assise avec elle au jardin par une jolie fin d'après-midi, j'étais détendue, la lumière était magnifique, l'air était doux et le petit caniche noir de ma mère était à ses pieds, couché dans une belle herbe bien verte. C'était un tableau charmant et je ne sais plus pour quelle raison tout à fait anodine, ce petit caniche me fit rire. Je me souviens que je m'entendis rire et que, soudain je réalisais que ce rire avait quelque chose d'anormal, de nouveau. Je n'avais pas l'habitude de rire ainsi, aussi gaiement, quasiment sans raison valable, sans qu'il n'y ait eu gag, ni bonne blague, ni scène à proprement comique, rien, juste un petit chien très mignon allongé dans l'herbe.
Je crois me souvenir que c'est à partir de ce moment que je pris note que mon humeur était empreinte d'une gaieté fréquente, sonore, et tout à fait anormale, anormale pour moi qui traînait une sorte de tristesse ou mélancolie chronique depuis ma petite enfance. Je précise que je ne prenais aucun médicaments!
De presque aussi loin que je me souvenais, j'avais toujours ressenti comme une sorte de mystérieux mal du pays. Il m'arrivait de passer de bons moments, il m'arrivait de me sentir joyeuse mais je savais au fond de moi qu'il ne s'agissait que de moment de répits car en vérité, je vivais au pays des nuages noirs et s'il arrivait qu'une éclaircie se produise, elle ne pouvait être que fugace, comme un prémisse à l'arrivée d'une nouvelle vague massive de nuages sombres qui toujours revenaient quoi que je fasse. Comme un éternel ciel de plomb au-dessus de ma tête, en toile de fond lugubre à tous mes meilleurs moments. Au fil du temps, j'avais développé un goût prononcé pour l'esthétique gothique. Je portais souvent du noir ou des couleurs sombres et j'écoutais beaucoup de musique touts aussi sombres. Après avoir traversé une longue dépression, après plusieurs années de psychothérapie, après avoir réussi à dépasser cette dépression, il me restait cependant cette tristesse chronique, comme une tare congénitale qui résistait à toutes les analyses, à toutes les interprétations.

Quelques mois encore plus tard, courant 2011, ou peut-être même début 2012, à force d'observation, d'interrogation, d'introspection, je dû me rendre à l'évidence: ma tristesse chronique avait disparu, elle avait fondu comme neige au soleil, elle s'était évanouie comme une brume matinale dissipée par le soleil levant. Je riais maintenant souvent, pour des broutilles, pour un mot, pour un détail, parfois pour une jolie lumière, une jolie fleur, un joli chat... Il m'arrivait de me lever en chantonnant. Bien sûr, il se passait des choses dans ma vie: amour, travail..., les choses bougeaient, avançaient, des rencontres se faisaient mais d'autres "bonnes" choses s'étaient déjà produites dans ma vie auparavant, d'autres belles rencontres m'étaient déjà arrivées et jamais rien n'avait eu d'impact sur le long terme, aussi en profondeur. Et les rencontres passaient, les relations se transformaient, pas toujours pour le mieux, le travail prenait des tournures parfois déplaisantes... Et malgré tout, cette gaieté persistait.
Cette gaieté semblait résister à tout, elle était parfois occultée par la fatigue ou un soucis passager mais toujours elle resurgissait relativement rapidement, comme le soleil derrière des nuages qui étaient devenus beaucoup plus dispersés, beaucoup plus légers: ils étaient maintenant comme d'un blanc moutonneux plutôt que d'un lourd gris acier. Cette gaieté semblait acausale, comme la parfaite antithèse à ma tristesse chronique. Cette gaieté ne tenait à rien, un rien était susceptible de la provoquer, de la faire s'exprimer en un petit rire d'un tintement qui sonne à mes oreilles aussi léger et spontané que le tintement d'un grelot du traîneau du Père Noel. C'est un rire qui survient sans que j'y prête attention, sans que je ne le vois venir. Il est plus rapide que mon cerveau qui n'a pas le temps de jouer au douanier qui inspecte le phénomène avant de le laisser ou non franchir la barrière de la phonation.
C'est un rire qui vient du ventre, c'est un rire instinctif, un rire réflexe, parfaitement spontané, aussi spontané qu'une petite source qui glougloutte en sortant de terre. Mon cerveau n'a même plus le temps de songer à l'esthétique, à l'apparence de mon rire, de mon sourire. Mon cerveau ne pense même plus à ce vieux complexe. Il s'en souvient comme d'une vieille babiolle, comme d'une monnaie ancienne qui eut cours jadis et qui est périmée depuis longtemps.
Mon ventre a pris le dessus, pour ce qui est de la gestion de mon rire, un peu comme s'il s'était réveillé, comme s'il avait gagné en souplesse et en réactivité, en "motilité", peut-être.

Rétrospectivement, je ne peux qu'attribuer à l'arrêt du blé cette disparition de la tristesse et l'apparition de cette mystérieuse joie de vivre. Depuis 2012, j'ai lu beaucoup de choses sur le gluten et sur le fonctionnement des intestins et c'est devenu pour moi une évidence que le blé entrave le bon fonctionnement des intestins et qu'il peut avoir un effet (plus ou moins direct) sur l'humeur. C'est devenu quelque chose que je sais pour l'avoir appris et quelque chose que je sais pour l'avoir expérimenté dans mon corps et dans mon esprit.

Et bien entendu, mon compagnon, lui, mange de belles quantités de blé au quotidien... S'il passe au sans gluten un jour... Nous verrons bien ce qui se passera... Ou plutôt, je l'espère, nous l'entendrons bien!

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"Le rire est un comportement expressif relativement stéréotypé qui se caractérise par des mouvements saccadés expiratoires, de phonation inarticulée, mouvements qui ainsi, en première ligne, intéressent la musculature respiratoire intercostale externe, le larynx et, pour la mimique qui l’accompagne, les muscles de la face." - Neurologie du rire


"Il y a certains moments où, sans en être conscient, vous êtes dans un lâcher prise. Par exemple, lorsque vous riez vraiment; un rire venant du ventre, pas de la tête, mais de votre ventre; sans le savoir, vous êtes détendu, vous êtes dans un lâcher prise." - Rire et relaxation

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