jeudi 23 mars 2017

Psychédéliques et immunologie

Certains chercheurs en psychiatrie s'intéressent beaucoup au système immunitaire et à son implication dans les pathologies et autres troubles encore appelés "psychiatriques" ou "mentaux", comme la dépression, l'autisme ou les troubles bipolaires, troubles qu'il serait plus judicieux de ramener dans le giron de la neurologie, afin que la recherche dans ces domaines et les traitements préconisés puissent gagner en efficacité.
L'immunopsychiatrie s'intéresse, entre autre, au phénomène d'inflammation de bas grade (inflammation sans symptômes inflammatoires classiques, tels que la douleur, la fièvre... ).
Voir par exemple cet article: "Pr Leboyer et immunopsychiatrie".


En physiologie, on apprend que le système immunitaire, à l'intérieur même du cerveau, régule, module le fonctionnement des neurones, neurones qui ne règnent donc pas tant qu'on le croit en maîtres tout puissants du corps et de l'esprit, mais dont le bon fonctionnement dépend du bon fonctionnement du système immunitaire.

Pour hyper-résumer, un système immunitaire perturbé, affaibli, surchargé de travail, déboussolé par des toxines, des virus, des bactéries, des allergènes, des carences alimentaires..., par exemple en cas d'hyperperméabilité intestinale - lorsque les intestins laissent passer des éléments nocifs à l'intérieur du corps, ce système immunitaire peut générer une inflammation chronique dite de "bas grade" qui va entraver le bon fonctionnement du système nerveux, avec un impact sur l'apprentissage, l'attention, la mémoire, l'humeur, le comportement...

Certaines substances dites "hallucinogènes" ou "psychédéliques", comme l'ayahuasca ou la psilocybine (principe actif des champignons psilocybes), sont considérées comme des "médecines", des substances thérapeutiques sacrées par les peuples qui les utilisent de façon traditionnelle, rituelle. Ces peuples, que les occidentaux considèrent dédaigneusement comme "primitifs" et incultes... Hors il se trouve que ces substances psychédéliques interagissent tout particulièrement avec certains récepteurs à la sérotonine.
Et la sérotonine a des propriétés immunomodulantes.

La recherche sur ces substances va bon train depuis des années, en particulier aux USA, en Grande Bretagne ou en Suisse. Des études cliniques ont été menées et continuent d'être menées pour évaluer leur efficacité dans le traitement des addictions, des dépressions résistantes, de l'anxiété sociale chez les adultes autistes, etc... Pour les plus curieux, un livre en français propose un topo sur ces recherches: "La médecine psychédélique", du Dr Olivier Chambon. 

Certaines publications commencent à explorer la possibilité que ces psychédéliques tiennent certains de leurs effets thérapeutiques de leur action potentielle sur le système immunitaire, système immunitaire qui est autant un système de "nettoyage" (détoxination), de réparation, de défense (lutte contre les infections), que de régulation du système nerveux.


Pour aller plus loin, quelques publications en anglais:
Dos Santos RG, Osório FL, Crippa JAS, Riba J, Zuardi AW, Hallak JEC. Antidepressive, anxiolytic, and antiaddictive effects of ayahuasca, psilocybin and lysergic acid diethylamide (LSD): a systematic review of clinical trials published in the last 25 years. Therapeutic Advances in Psychopharmacology. 2016;6(3):193-213. doi:10.1177/2045125316638008.


Szabo A. Psychedelics and Immunomodulation: Novel Approaches and Therapeutic Opportunities.  Frontiers in Immunology. 2015;6:358. doi:10.3389/fimmu.2015.00358.


Baumeister D, Barnes G, Giaroli G, Tracy D. 
Classical hallucinogens as antidepressants? A review of pharmacodynamics and putative clinical roles.
 Therapeutic Advances in Psychopharmacology. 2014;4(4):156-169. doi:10.1177/2045125314527985.

Frecska E, Bokor P, Winkelman M. The Therapeutic Potentials of Ayahuasca: Possible Effects against Various Diseases of Civilization.  Frontiers in Pharmacology. 2016;7:35. doi:10.3389/fphar.2016.00035.


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